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jeudi 18 juillet 2019

Un parfum de rose et d'oubli (Martha Hall Kelly)





Titre original: Lost roses
Traduction: Géraldine d’Amico et Laurence Videloup
Nationalité de l’auteur: Américaine
Editions Charleston (18 Juin 2019)
544 pages
ISBN-10: 2368124705
ISBN-13: 978-2368124703
Genre: Historique
Lu le: 6 Juillet 2019
Ma note: 16/20



Résumé/4ème de couverture:

            En 1914, l’Europe a été sur le chemin de la guerre tellement de fois, que personne n’y croit plus vraiment. Et pourtant, en juillet, c’est tout cet équilibre précaire qui vacille…ainsi que le destin de trois femmes hors du commun. Sofya, l’aristocrate russe, y perdra sa fortune, son pays et peut-être aussi ce qu’elle a de plus précieux… son enfant. Eliza, la mondaine américaine, tremblera pour ses amis russes et cette guerre qui se rapproche chaque jour un peu plus. Varinka, enfin, la jeune paysanne russe, presque une enfant, fera des choix qu’elle ne pourra jamais effacer, quitte à basculer au cœur d’un combat qu’elle ne peut pas gagner.

Mon avis:

            À la hauteur du bonheur et de la délectation qu’avait été la lecture de « Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux », rencontrer de façon privilégiée Martha Hall Kelly à l’occasion de sa venue en France était tout aussi délicieux ! L’entendre raconter avec passion et ferveur son lien mystérieux et son engouement pour Caroline Ferriday (une des héroïnes de son premier roman qui a réellement existé) était envoutant. C’est plus particulièrement dans la maison de Caroline qu’est arrivé le point de départ de la vie d’autrice de Martha Hall Kelly. Après de nombreuses recherches, le premier roman est né. Mais la passion ne s’est pas arrêtée là, puisque Martha Hall Kelly est allée plus loin dans son écriture, en remontant le temps. Ainsi, dans son deuxième opus « Un jardin de rose et d’oubli » que l’on peut presque caractériser comme une suite (les deux romans peuvent se lire indépendamment), à ceci prés que l’on se situe dorénavant durant la Première Guerre Mondiale et que le personnage de Caroline est cette fois-ci adolescente et que c’est plutôt sa mère qui est un des personnages principaux.

            Ce deuxième opus n’est pas au niveau de « Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux » ce qui est « logique » je dirais, vu la beauté et la puissance du premier roman. Néanmoins, malgré un début assez lent, on retrouve les mêmes codes efficaces précédemment utilisés par l’autrice et le fait de se focaliser sur la Russie au moment de la Grande Guerre est très intéressant, enrichissant et original.

Points de vue/Critiques:

            Pour « Un parfum de rose et d’oubli », Martha Hall Kelly a repris son schéma narratif utilisé lors de son premier roman, c’est à dire prendre trois femmes comme personnages principaux et raconter de façon alterné leur vie, leurs actions et leurs destins respectifs, dans un moment dur et fort comme celui de la guerre. Cette fois-ci-, au niveau du contexte historique, on remonte le temps puisque l’on se retrouve durant la Première Guerre Mondiale et nous suivrons les trois héroïnes au fil des années à partir de 1914. Nous faisons ainsi la connaissance de Varinka, une jeune paysanne Russe partagée entre sa condition miséreuse et ses rêves grandiloquents qui l’amèneront à commettre des actes et prendre des décisions majeures ; Sofya, une aristocrate Russe à qui tout réussi et qui vit un bonheur familial parfait rempli de plein de richesse mais qui se retrouvera confronter elle-aussi à la dureté de la Guerre ;  et enfin Eliza Ferriday (la mère de Caroline, personnage phare du premier roman de Martha Hall Kelly) la mondaine Américaine qui dévouera sa vie à aider les Russes à fuir la guerre.

            Lorsque nous faisons connaissance de ses trois héroïnes au début du roman, nous suivons leur quotidien au début de la guerre, en 1914. Et ce début de roman (qui dure assez longtemps)  traine vraiment en longtemps et peine réellement à démarrer. Nous avons l’impression qu’il ne se passe pas grand chose car qu’il y a bien, ici ou là, quelques éléments perturbateurs qui viennent chambouler le quotidien et la tranquillité des héroïnes mais la tension retombe très vite après cela. Il faut attendra un certain moment pour qu’il y ait des rebondissements vraiment intéressants qui tiennent en haleine.

            Du côté des personnages, si la famille Ferriday a encore une fois retenu toute mon attention, il est vrai que non seulement Eliza est le personnage qui revient le moins souvent, mais en plus, le personnage de Varinka est presque détestable tant ses actions sont incompréhensibles et égoïstes et le personnage de Sofya est touchant mais assez fade en substance puisqu’elle se révèle un peu tardivement. Le fait donc de ne pas retrouver des héroïnes aussi fortes et attachantes que dans « le lilas.. » et vivant des choses pour lesquelles nous retenons notre respiration, fait en sorte qu’il manque indéniablement un petit quelque chose à cette histoire pour que cette lecture soit tout aussi plaisante voire inoubliable.

            En revanche, encore une fois, l’aspect historique de ce roman est incontestablement bien documenté et intéressant à souhait. Si la Première (comme la Seconde) Guerre Mondiale est une sujet de livre récurrent, cette fois-ci, nous la suivons uniquement du point de vue de pays presque « externe » au conflit majeur. L’Amérique est présente grâce à Eliza mais c’est surtout la Russie et sa révolution de 1917, entraînant son implication dans la Grande Guerre qui est au cœur du récit.

En bref:

            Le second roman de Martha Hall Kelly « Un parfum de rose et d’oubli » est une bonne lecture qui ne peut que plaire lorsqu’il est question de romans historiques, associé à des personnages forts et percutants. Mais je n’ai pas été totalement séduite par ce nouveau titre que l’on compare indéniablement au merveilleux « le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux ». Car après un début d’histoire assez lent qui peine à se mettre en place, où l’on découvre trois héroïnes pas énormément fortes, ni charismatiques et pas particulièrement attachantes, le récit devient enfin dynamique. Néanmoins, le tout manque de drames et d’émotions. En revanche, le contexte historique de la révolution Russe et de l’implication de ce pays dans la Première Guerre Mondiale est un sujet très intéressant et novateur en la matière.

Autour du livre:

  • Tome 1 : Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux (ß chronique à retrouver ici)

mercredi 17 juillet 2019

Lait et miel (Rupi Kaur)




Titre original: Milk and honey
Traduction: Sabine Rolland
Nationalité de l’auteur: Indienne et Canadienne
Editions Pocket (21 Mars 2019)
208 pages
ISBN-10: 2266282808
ISBN-13: 978-2266282802
Genre: Poésie
Lu le: 6 Juillet 2019
Ma note: 16/20




L’histoire:

Construit autour de courts poèmes en prose, Lait et Miel parle de survie.
De l'expérience de la violence, des abus sexuels, de l'amour, de la perte et de la féminité.
Le recueil comprend quatre chapitres, et chacun obéit à une motivation différente, traite une souffrance différente, guérit une peine différente.
Lait et Miel convie les lecteurs à un voyage à travers les moments les plus amers de l'existence, mais y trouve de la douceur, parce qu'il y a de la douceur partout si l'on sait regarder.

Mon avis:

            Comment passer à côté de ce succès phénoménal qu’est « lait et miel » de Rupi Kaur ! Le fait d’être est un recueil de poésie composé de courts poèmes en prose en a fait un petit ovni littéraire, et son succès indéniable associé aux critiques dithyrambique ont largement contribué à son très large succès. N’étant absolument pas une adepte du genre de la poésie, je suis sorite de ma zone de confit avec ce livre afin de me faire ma propre opinion, et aussi parce que j’étais très curieuse.
Et je ressors assez mitigée de cette lecture : de façon générale, des aimé les poèmes présentés par l’autrice, surtout le fait que se soit de la poésie « compréhensive » je dirais ! Mais les thèmes abordés et la violence forte de certains propos m’ont dérangé.

Points de vue/Critiques:


            Il est clair que je ne serais pas aussi enthousiasme devant ce recueil de poésie que peuvent l’être bon nombre de personnes. Mais il est vrai que les poèmes écrits par l’autrice sont tous assez beaux, que ce soit en terme de beauté pure, de souffrance, de mal, de reconstruction et de sentiments. Malgré quelques tous petits textes qui m’ont paru bien simple, la majorité des poèmes évoquent et traduisent quelque de fort. Un sentiment de grande puissance se détache de ces courts poèmes. Et parce que comme beaucoup je pense, j’ai l’image de la poésie que l’on apprend par cœur lorsque l’on est écolier et qui est toujours lourde et pas du tout compréhensible, ici, il est bon de découvrir de la poésie moderne dont les textes font facilement compréhensibles !

Divisé en 4 parties distinctes, dont chacune traite d’une étape particulière dans une relation amoureuse, c’est la fin du recueil et la dernière partie sur la guérison que j’ai préféré et qui m’a le plus parlé. A contrario j’ai moins aimé le début avec notamment la première partie, dont les poèmes m’ont heurté à plusieurs reprises. En effet, je ne m’attendais pas à autant de violence crue dans les propos de l’autrice (je ne connaissais pas les thèmes généraux abordés dans ce livre et l’engagement féministe de l’autrice avant de commencer). Le fait que l’on retrouve très souvent le sexe dans les poèmes m’a dérouté, d’autant plus quand j’ai découvert le jeune âge de l’autrice.
À ceux qui découvre ce livre et qui ont quelques réticences ou difficultés au début, je conseillerais donc de poursuivre dans la découverte, puisque plus je progressais dans ma lecture, plus j’appréciais.

En bref:


            J’ai enfin pu découvrir et me faire une idée sur « Lait et miel » de Rupi Kaur, ce recueil de poèmes qui a suscité une réelle vague d’engouement et d’intérêt. J’ai beaucoup aimé le symbolisme, la puissance et la beauté de certains textes, notamment ceux présents dans la dernière partie, sans compter que l’on a affaire là, à de la poésie contemporaine qui est enfin compréhensible et qui s’éloigne de nos souvenirs d’école ! Néanmoins, ne connaissant pas au préalable le contexte de ce livre, j’ai été assez surprise de lire un début assez violent dans les propos et dans les termes. Et le fait de découvrir le jeune âge de l’autrice associé au fait que l’on retrouve quasiment constamment le sujet de la sexualité m’a dérangé et me laisse un sentiment mitigé sur cette lecture.

mardi 16 juillet 2019

Avec toute ma colère: Mère et fille: le duel à mort (Alexandra Lapierre)





Nationalité de l’auteur: Française
Editions Pocket (7 Mars 2019)
336 pages
ISBN-10: 2266287451
ISBN-13: 978-2266287456
Genre: Contemporain
Lu le: 2 Juillet 2019
Ma note: 16/20





Résumé/4ème de couverture:

            À elles deux, Maud et Nancy Cunard incarnèrent toutes les modes, les idées et les forces contraires de la première partie du XXe siècle. Héritières de fortunes colossales, séductrices, audacieuses, cultivées et libres jusqu’à fréquenter les chemins de tous les excès, elles choisirent d’être le négatif l’une de l’autre. Si Lady Maud Cunard fut une grande mécène de la musique anglaise, attirant dans son salon le Tout-Londres de l’entre-deux-guerres, sa fille, Nancy, dont la beauté fascina les plus grands photographes et qui partagea la vie d’Aragon, s’engagea dans la lutte contre le racisme et couvrit la guerre d’Espagne aux côtés des Républicains. Ces deux figures d’exception s’affrontèrent dans un duel à mort, un conflit mère-fille à la fois banal et tragique, qu’elles poussèrent à son paroxysme, jusqu’à en faire le stéréotype du carnage familial. Mais qui fut la coupable ? Qui fut l’innocente ? Célèbre pour ses biographies de femmes oubliées, Alexandra Lapierre nous offre ici un huis-clos psychologique d’une subtile et redoutable violence. Elle met l’intensité de son écriture au service d’une enquête passionnante et d’un drame d’une étrange actualité.

Mon avis:

            Je ne connaissais pas Alexandra Lapierre, hormis par le biais de ses nouvelles écrites pour « 13 à table ». Je découvre donc une femme d’expérience et surtout une autrice qui écrit et qui met en avant des femmes d’hier et d’aujourd’hui, souvent mal voire non connues, tout en effectuant des rechercher faramineuses pour cela, n’hésitant pas à aller enquêter elle-même sur le terrain ! Dans « toute ma colère » nous faisons la connaissance de  Maud et Nancy Cunard, deux femmes au fort caractère du début du 20ème siècle, qu’il est intéressant de découvrir en tant que femmes et grande personnalité à travers leur « simple » conflit, puisque Alexandra Lapierre permet de faire aussi connaître des personnalités qui n’ont pas besoin d’avoir fait de grandes actions et d’avoir vécu une grande destinée pour être connues.

Points de vue/Critiques:


            Ne connaissant absolument pas ces deux femmes d’époques, je me suis plongée avec régal dans le récit de leur vie, et plus particulièrement dans leur relation conflictuelle. Le fait de suivre deux personnes que l’on ne connaît pas attise immédiatement l’effet de curiosité, sans compter que le fait de mettre sur le devant de la scène des femmes pas forcément connues du grand public de la part de l’autrice est une action salutaire à souligner et à encourager ! 

            La manière dont Alexandra Lapierre a construit son roman est très bien penser puisqu’il reflète non seulement toutes les incroyables démarches de recherche mais il en plus, le fait d’être écrit comme un document et non comme une biographie morne et classique, est quelque chose de très stimulant. Dans la première partie, Alexandra Lapierre prend la parole et nous explique comment Nancy et Maud sont entrées dans sa vie d’autrice et pourquoi elle a décidé d’ne faire un ouvrage. Ensuite, la deuxième partie, centrée sur la relation conflictuelle, est une alternance entre la vie de Maud et de Nancy au fil des années. Et dans les deux dernières parties, nous continuons de suivre la vie de deux femmes mais selon le point de vue d’amis proches d’elles.

            La relation qu’entretiennent la mère Maud Cunard et sa fille Nancy est vraiment particulière où le conflit est sans cesse le mot d’ordre. D’un côté, Maud est très conventionnelle, à cheval sur les principes et héritière d’une grande fortune américaine. De l’autre, Nancy s’engage dans la lutte contre l’injustice en apportant son aide aux espagnols ou aux communistes et elle sera l’amante de nombreux hommes dont un musicien noir américain ou encore Louis Aragon, actions et relations  qui ne plaisent à sa mère et au reste de la société. À aucun moment, que se soit par des mots ou des actions, ces femmes vont avoir une relation mère/fille normale. Chacune va avoir une conception différente de l’amour notamment, à tel point, qu’aucune ne va essayer de comprendre l’autre et chacune restant sur ses convictions et sur la défensive.
J’ai beaucoup aimé le travail de documentation et de narration, puisque Alexandra Lapierre nous raconte « simplement », comme une conteuse, ce conflit entre ces deux femmes, en ne prenant jamais part ou en ne jugeant jamais l’une ou l’autre. Le lecteur est son propre juge arbitre. Il est d’ailleurs difficile de dire qui a raison ou qui a tort dans cette histoire…
A noter que les quelques photos prises par l’autrice elle-même et qui ponctue le récit apportent véritablement une touche supplémentaire de concret et nous rapproche intimement plus de Maud et de Nancy.

En bref:


            Pouvant être considéré comme un réel document, « Avec toute ma colère » apporte une histoire assez fascinante et en tout cas captivante ! En effet, Alexandra Lapierre est une passeuse d’Histoire et de témoignages qui met sur le devant de la scène des femmes qui ont marqué l’Histoire et qui méritent d’être révélées, même si leurs destins ou leurs actions ne sont pas grandioses et ne sont pas des plus connus. Ici, avec Maud et Nancy Cunard, nous assistons à une relation mère/fille des plus hors normes, tant le conflit, les coups bas et la méchanceté définissent leurs rapports. De plus, cet ouvrage apporte énormément d’informations sur les mœurs et la vie artistique du début du 20ème siècle.