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lundi 26 février 2018

Le projet Traumaless (Philippe Mangion)





Nationalité de l’auteur: Française
Editions Auto-édité (11 Janvier 2018)
212 pages
ISBN-10: 1976867924
ISBN-13: 978-1976867927
Genre: Science-Fiction
Lu le: 23 Février 2018
Ma note: 8/20





Résumé/4ème de couverture:

Quand l’Intelligence Artificielle se mêle de l’inconscient...
Brain Corp., une société spécialisée dans les neurosciences, prétend effacer en quelques semaines les traumatismes refoulés qui handicapent notre quotidien.
Dans un premier temps enthousiaste, le Dr Kaufman devient un opposant au traitement, après avoir découvert des effets secondaires irréversibles sur la personnalité.
Le roman est construit autour de trois cobayes du projet Traumaless, au destin hors norme. Il décrit leur évolution psychologique autant que les relations qui se nouent entre eux.
Agnès est une artiste, dont le traitement perturbe l’inspiration. Victor est un surdoué empêtré dans l’obsession de trouver la théorie qui régit notre psychisme. Mehdi est un jeune délinquant aux rêves de Gatsby le magnifique...

Mon avis:

            Aïe aïe comment ce livre a été proche de la torture à lire!!! Je n’aime pas dire cela, j’ai pas l’habitude de mettre de « mauvaises notes » et je m’en excuse auprès de l’auteur, mais pour moi qui suis dans la recherche fondamentale et qui ne suis pas adepte de science-fiction, au final, tout dans ce livre était réuni pour partir sur de mauvaises bases, qui se sont malheureusement révélées exactes. En revanche, j’ai pu voir que sur Livraddict et sur Amazon, « le projet Traumaless » avaient de très bonnes notes, proches de l’excellent, donc mon avis ne reflète pas toutes ces bonnes appréciations et c’est la raison pour laquelle je ne déconseillerais pas ce livre selon le public.
Heureusement, j’ai pu échanger quelque peu avec Philippe Mangion, qui travaille dans le domaine de l’Intelligence Artificielle, ce qui va me permettre de nuancer mes propos et mes « critiques ». 

Je suis partie bille en tête en début de lecture, et c’est vraiment malheureusement ce début qui m’a fait arracher quelques cheveux sur la tête (déjà que l’en ai pas beaucoup!), puisque c’est à ce moment que l’on parle de l’expérience neuroscientifique en elle-même. Après ce début, j’ai vraiment voulu abandonné le livre, mais partenariat oblige, je me suis fait violence, je l’ai mis de côté et il est vrai que j’ai terminé la lecture en la faisant très rapidement en diagonale. 

Points de vue/Critiques:

L’histoire commence par le fait qu’une société a trouvé le moyen simple et efficace de traiter des patients ayant des traumatismes refoulés. Le personnage principal est alors employé pour suivre de façon psychologique ces patients et voir leur évolution suite à ce traitement innovant. J’ai vraiment beaucoup aimé toute cette idée!
Mais immédiatement, des petites choses très techniques (qui passeront aisément pour quiconque n’est pas du milieu) m’ont dérangé, procotolairement parlant. Alors que dans la recherche fondamentale ou clinique, on parle de sujets d’études, ici on emploie le terme (désagréable et totalement obsolète et péjoratif) de « cobayes ». Les personnes ayant subit le « traitement » (autre terme trop franc et direct), sont tout à long du livre désignés comme des « mutants ». Or, même si le « traitement «  est très abstrait et très peu développé, ils ne reçoivent en aucun cas une modification de leur génome, définition de base de la mutation!
Même si tous ces termes ne conviennent concrètement pas, il est vrai qu’ils sont présentés afin de défendre le corps scientifique et pour ciblés et décriés la presse ou la société « manipulatrice ». 

Comme je le disais, le « traitement » que les personnes reçoivent est très flou. En effet, on semble « corriger » les zones cérébrales responsables des traumatismes sans aller directement dans ces zones par chirurgie et en restant en surface du crâne, je me demande alors comment cibler ces zones sans affecter les autres zones intactes. Et alors que l’on parle de « mutation », il semblerait que ce traitement soit plus lié à une réorganisation tissulaire et cellulaire et/ou à une plasticité synaptique.
De plus, ces personnes ont des traumatismes différents, donc cela veut dire que les zones cérébrales impliquées sont différentes (pour faire simple une zone = une fonction). Or, ici on ne semble pas faire de distinction, ce qui d’autant plus absorbe puisqu’en plus le traitement semble avoir les mêmes effets pour tous!
Sans compter que l’on ne par le quasiment pas de groupe témoin, d’effet placebo et de très peu d’examens cliniques d’imagerie. 

Ce sont vraiment les éléments qui m’ont vraiment dérangé et qui ne constituent vraiment que les toutes premières pages du livre. Car il faut dire également, que de façon générale, tout semble se dérouler très vite. Finalement, le livre s’étend sur plusieurs années, on passe en quelques phrases à 6 mois ou 2 ans plus tard. Etoffer le récit, prendre plus le temps, permettait peut-être de lisser le tout. 

J’ai beaucoup aimé par la suite le fait de commencer à développer le côté psychologique et les conséquences du traitement chez les sujets. Et je dois avouer que je croyais et j’espérais que cela, voir quelles seront les conséquences de cette manipulation cérébrale de façon très psychologique et un peu physiologique, serait le centre même du livre, mais non, je me suis fourvoyée. Je me suis par la suite perdue dans les petites aventures sentimentales du groupe qui n’apportent rien du tout et dans tout le développement plus stratégique et logistique de savoir comment contrer secrètement la société par le biais d’algorithmes, etc (encore une plus fois, prendre le temps de plus expliquer et de plus approfondir aurait pu faciliter l’immersion et la compréhension).

En bref:

            Parce que je ne suis pas du tout adepte de science-fiction et que je suis trop rationnelle, surtout lorsqu’il s’agit de recherche fondamentale en neurosciences, je suis passée totalement à côté de ce livre, dont le début m’a trop agacé pour pouvoir passer outre. J’aurais aimé que l’on accentue le côté développement psychologique qui était très intéressant, mais qui au final n’est pas non plus le centre de l’histoire qui se concentre plutôt sur l’évolution que pourrait rencontrer ce domaine des neurosciences au sens large et les dérives et conséquences que cela engendrait sur l’espèce humaine. 



2 commentaires:

  1. Je trouve original de défendre une œuvre de fiction comme s’il s’agissait d’une communication scientifique, mais bon, allons-y : outre les aspects terminologiques, votre critique principale est la suivante, je vous cite : « Comme je le disais, le « traitement » que les personnes reçoivent est très flou. En effet, on semble « corriger » les zones cérébrales responsables des traumatismes sans aller directement dans ces zones par chirurgie et en restant en surface du crâne, je me demande alors comment cibler ces zones sans affecter les autres zones intactes. Et alors que l’on parle de « mutation », il semblerait que ce traitement soit plus lié à une réorganisation tissulaire et cellulaire et/ou à une plasticité synaptique. »
    Je pense qu’il y a une incompréhension. Dans le roman, le traitement ne se fait pas par une intervention à la surface du crâne. Des PET Scan sont seulement effectués, dans la phase d’évaluation des patients pour enregistrer et étudier l’activité neuronale en réaction à certaines situations ou questions posées lors des entretiens avec les psychiatres.
    L’action pour corriger les traumatismes se fait par des séquences visuelles et auditives générées par un programme d’Intelligence Artificielle (Traumaless), comme s’il s’agissait d’un rêve ou des suggestions comme dans une analyse. En résumé, l’idée est la suivante : une analyse accélérée par un programme d’Intelligence Artificielle. Et c’est bien le fait qu’elle soit accélérée qui pose des problèmes et que Traumaless est un échec. J’avance alors que le processus long d’une analyse, où l’on est soit même acteur et non pas un programme externe, est la condition nécessaire de la réussite d’une telle démarche.
    En ce qui concerne les termes :
    Cobayes : je suis d’accord avec vous, il est péjoratif. Mais dans le cadre de ce roman, je pense qu’il est nécessaire pour l’intrigue qu’il soit péjoratif. En effet, les premiers « sujets » vont voir leur personnalité changer sans qu’ils aient été avertis des conséquences, d’où leur révolte. Dans ce sens, ce sont bien des cobayes, comme on le dit de petits mammifères de laboratoire.
    Mutants : il n’y a pas de mutation génétique, c’est vrai. Comme vous l’avez relevé, ce terme est diffusé dans le livre par les journalistes ou les communicants de Brain Corp. Et non par les scientifiques.
    Traitement : on trouve bien l’expression « traitement psychanalytique » dans la littérature, bien que rare. Or c’est de celui-ci que se rapproche le plus le « traitement Traumaless ».
    Merci pour votre rubrique qui a suscité un échange intéressant. J’espère qu’il éclairera vos lecteurs et que certains auront l’envie de lire le roman malgré sa mauvaise note ��.
    Philippe Mangion

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    1. Merci beaucoup pour ce retour et ces précisions. Effectivement, ce fut un échange intéressant et même si je n'ai pas adhéré, je suis persuadée que je ne suis qu'une brebis égarée et que bien d'autres y trouveront leur compte et du plaisir à lire votre livre!

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